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Présenté pour la première fois à la Foire Européenne de l'Horlogerie et de la Bijouterie de Bâle en 1976, ce mouvement y reçut un accueil aussi extraordinaire que l'était le concept de son mécanisme. Gilles Baillod, alors Rédacteur en chef de " l'Impartial ", reconnu à l'échelle internationale pour ses pages horlogères, écrivait :

"On n'attendait plus guère dans le domaine de l'horlogerie mécanique d'invention à inscrire dans la ligne des découvertes. Et pourtant ! Lors de la FEHB d'avril 1976, un inconnu, ou presque, du milieu horloger présentait une nouveauté qui capta l'attention des techniciens et des stylistes : il s'agissait d'un mouvement si plat qu'il défiait les règles logiques de la mécanique horlogère avec 1,2 millimètre d'épaisseur."

Ce fameux calibre 1200 est le fruit de l'esprit créatif et des mains du maître-horloger chaux-de-fonnier Pierre Mathys. L'épaisseur de ce mouvement entraina des innovations techniques hors pair. De plus, pour que l'amoureux de la haute horlogerie puisse en avoir la vision, il a été enfermé dans un boîtier avec une glace saphir. Ce fut une des premières montres à proposer un mouvement visible sur le marché.

ARTICLE PARU DANS CHRONOMETROPHILIA

Jean Lassale calibre 1200: le record de minceur de 1976 toujours invaincu

En septembre 2002, un nombre restreint de montres « Jean Lassale » sont réapparues au grand jour. Fabriquées entre 1976 et 1978 et battant neuves, ces pièces exceptionnelles venaient de passer plus d’un quart de siècle, sous gaz de protection, dans un safe genevois. Elles sont, toutes, équipées du fameux calibre 1200, le mouvement mécanique à remontage manuel qui, avec ses 1,2 millimètres d’épaisseur, est et reste aujourd’hui encore le plus mince du monde. Ses deux plus proches concurrents actuels accusent, en effet, respectivement 1,64 mm (+ 36,7%) et 1,77 mm (+ 47,8%).

Pierre Mathys et son invention

Au cours des années 70, Pierre Mathys, maître horloger à La Chaux-de-Fonds, conçut puis réalisa le prototype d’un calibre mécanique révolutionnaire, avec l’objectif de construire la montre la plus mince du moment. Il eut l’idée, pour ce faire, de recourir à des roulements à billes réduits à l’extrême pour assurer le pivotement des mobiles. Une idée originale, quand appliquée au mouvement complet, mais dont les prémisses furent les travaux de Robert Annen. Ce dernier préconisa au cours des années cinquante déjà l’utilisation de roulements à billes en horlogerie de petit volume. On lui doit, notamment, les travaux qui conduisirent à la réalisation des roulements à billes miniatures grâce auxquels Pierre Mathys put concrétiser son idée. Il imagina donc de supprimer ponts et contre-pivots, chaque élément du rouage devant tourner sur un seul palier chassé dans un roulement à billes, lui-même solidaire de la platine.

Le calibre 1200

Ce mouvement mécanique à remontage manuel a un diamètre de 20,4 mm – ce qui correspond à 9 lignes – et une épaisseur de 1,2 mm (une variante automatique existe également dont l’épaisseur est de 2 mm). Il comporte quatorze roulements à billes, de 0,38 mm d’épaisseur dont sept au diamètre de 1,6 et les autres à celui de 2,0 mm. Ils portent chacun cinq billes de 0,20 mm de diamètre. Ces roulements sont chassés dans une platine d’une épaisseur de 1,2 mm, dans laquelle sont fraisés les logements des rouages. De cette construction découlent les avantages suivants :

• suppression des ponts

• grande robustesse de la platine dont l’épaisseur devient celle du mouvement lui-même

• ébats toutes directions très réduits

• amélioration des engrènements

• élimination des risques de bris de pierres et de pivots

• élimination de la lubrification.

Les mobiles apparents sont le barillet, le renvoi, le pignon de grande-moyenne, la roue de petite moyenne, le pignon de seconde et le balancier. Le barillet lui-même bénéficie d’un montage ingénieux : il pivote par l’extérieur de son tambour (1) entre trois galets (2) montés sur roulement à billes. La zone extérieure des galets comporte une partie amincie (3), qui s’engage dans la rainure circulaire (4) du tambour. Le rôle du rochet (5) rivé sur la bande (6) à l’intérieur de laquelle est logé le roulement à billes (7) dont la partie centrale (8) est solidaire du tambour. Cette construction très simple garantit une stabilité et un rendement remarquable de l’organe moteur. A noter, le ressort est équipé d’une bride à glissement, ce qui écarte tout risque de rupture au remontage.

La partie réglante du mouvement est originale elle aussi. L’ancre ne porte pas de dard ; c’est l’extérieur des cornes qui assume sa fonction, en coopérant avec une encoche directement taillée dans l’axe. La cheville est fixée à la virole, elle-même rivée au balancier. La longueur totale de l’axe est de 0,95 mm. Le balancier possède un diamètre de 7,50 mm, sa fréquence est de 21’600 alternances/heure et l’autonomie de marche dépasse 36 heures. Cela assure au calibre 1200 une précision et une sécurité de marche comparables à celles de mouvements d’épaisseur traditionnelle. Pour conclure ce qui concerne le calibre 1200, il a paru intéressant de comparer ses dimensions (20,4 mm de diamètre, 1,2 mm d’épaisseur) à celles d’une pièce suisse de 20 centimes : cette dernière possède un diamètre de 21 mm (+ 0,6) pour une épaisseur de 1,6 mm (+0,4)…

Foire de Bâle 1976

Gilles Baillod, alors rédacteur en chef de l’Impartial à La Chaux-de-fonds, écrivit ce qui suit à l’occasion de la première présentation de la collection de montres Jean Lassale équipées du calibre 1200.

« L’horlogerie mécanique, ces dernières années, a fait d’énormes progrès dans ses moyens de production dans la perspective d’une fiabilité et d’une précision accrue du produit mais on n’attendait plus guère, dans la discipline mécanique, d’inventions à inscrire dans la ligne des découvertes. Et pourtant ! Lors de la Foire Internationale de l’Horlogerie tenue à Bâle en avril 1976, un inconnu, ou presque, du milieu horloger, présentait une nouveauté qui capta l’attention des techniciens et des stylistes : il s’agissait d’un mouvement si plat qu’il défiait les règles logiques de la mécanique horlogère avec 1,2 millimètre d’épaisseur…

… Ce calibre est une construction ingénieuse autant qu’audacieuse. Il présente un grand nombre de solutions nouvelles qui pourraient intéresser l’ensemble de la production horlogère mais évidemment pas dans l’épaisseur de 1,2 millimètre… Ce mouvement presque aussi plat que l’ombre qui traçait sur les antiques gnomons ne peut être réservée qu’au haut de la gamme horlogère, compte tenu du soin extrême qui doit être apporté à son montage. C’est donc naturellement qu’il est né à Genève où se perpétue depuis des siècles une tradition d’horlogerie fine de luxe où les mouvements extra-plats sont rehaussés de joaillerie. »

Fabrication

Le calibre 1200 et sa version automatique 2000 ont été produits de 1976 à 1979 dans l’usine que la société Bouchet-Lassale SA avait fait construire au 30 de la rue des Voisins à Genève. Les boîtes or provenaient des « Ateliers réunis », entreprise sise également à Genève. Ces boîtes, de même que les cadrans – ceux à la feuille d’or tout particulièrement – sont d’un niveau qualitatif tout aussi exceptionnel que la technicité des mouvements qu’ils abritent.

En 1978-79, une collaboration naît entre Bouchet-Lassale SA et Omega au travers de Lemania-Lugrin SA, L’Orient, alors toutes deux unités du groupe SSIH Société Suisse pour l’Industrie Horlogère aujourd’hui disparue. Ainsi Lemania –Lugrin SA participa-t-elle à la fabrication des calibres 1200 et 2000, Omega possédant une licence non exclusive pour la production et la vente de ces mouvements.

En septembre 79, Bouchet-Lassale SA rencontra des difficultés financières telles que sa production fut interrompue. En décembre de la même année, Claude Burkhalter, alors directeur de Lemania-Lugrin SA, rappelle au cours d’une séance interne, qu’ « Omega dispose de la possibilité de racheter la marque Jean Lassale ». C’est l’époque, en effet, où l’on étudie chez Omega l’opportunité de lancer, sous l’appellation « Omega Louis Brandt », une collection haut de gamme dont les deux calibres ultra-plats auraient pu faire partie. Les événements se précipitant, la marque Jean Lassale se voit reprise par Seiko, alors que le dossier technique et les brevets associés aux calibres 1200 et 2000 sont rachetés par Claude Burkhalter au moment où il crée « Nouvelle Lemania SA ». Fondée en 1982, cette société reprendra les activités de Lemania-Lugrin SA et produira, dès ses débuts, les successeurs des 1200 et 2000 Jean Lassale : les calibres 1210 et 2010 Lemania. Elle les livrera en exclusivité à Piaget aussi longtemps que cette société restera indépendante. Son passage ultérieur sous le contrôle de Cartier libèrera Nouvelle Lemania SA de cette exclusivité, ce qui lui permettra, dès lors, de fournir ces calibres à Vacheron-Constantin notamment.

Aujourd’hui

Les pièces de collection sorties du safe genevois sont quasiment toutes équipées de bracelets en crocodile. Les boîtes et les boucles assorties sont en or 18 carats jaune ou gris. Ces montres, à l’état de neuf, ont toutes fait l’objet d’un service et d’un contrôle de fonctionnement chez l’un des maîtres horlogers connaissant les calibres 1200 Jean Lassale et 1210 Lémania. La collection résiduelle comporte trois modèles rectangulaires, un modèle tonneau, un modèle carré et deux modèles ronds quatre cornes, chacun en versions or jaune ou or gris. Certains modèles n’existent plus qu’à quelques exemplaires.

Jean-Philippe Aeschlimann

Février 2004